The Overseas Mauritian Society Blog

At Barkly Primary School

À l’école du partage

Depuis le 30 octobre, les élèves en difficulté de l’école primaire de Barkly ont un nouveau toit pour les accueillir. Ces enfants reçoivent de quoi manger avant les classes grâce à l’association Cœur-Ecoute, fondée par Mary Jolicoeur. Il y a un an, cette dernière a lancé “Kontan lekol, sa mem nou simin la limyer”, un projet de petit-déjeuner pour les enfants démunis de l’école. Reportage.

Il est 10h30. L’arrière-cour de la Maison Cœur-Ecoute est déjà bondée d’enfants. Ce samedi à Cité Barkly, des cris résonnent le long de la rue des Azalées. Quatre-vingts mômes excités se sont réunis pour fêter une occasion spéciale. Les gamins attendent avec impatience qu’on coupe le ruban devant l’entrée de la maisonnette. À l’intérieur, se cache un trésor : le vécu de ses enfants, tel qu’ils l’ont relaté avec leurs crayons de couleurs. Collés au mur, des dizaines de dessins illustrant leur passage à Cœur-Ecoute.

L’heure est enfin arrivée. Une fois à l’intérieur, Zidane cherche désespérément ses dessins. Ceux de son frère Emilio, au centre du mur, ont fière allure. Voitures, bateaux, arbres, maisons : autant d’esquisses baignant dans une même harmonie. Sur le visage de ces artistes en herbe, on peut lire une fierté non dissimulée. Un instant de gloire tant espéré.

Haillons.

Le projet a accueilli au début 29 enfants, nombre qui est passé à 80 en une année. Enfants qui arrivent à l’école, vêtus de haillons et portant souvent des chaussures en mauvais état. Pour eux, un petit-déjeuner avant de venir à l’école relève du luxe. Et pour certains, rien à manger pendant toute la journée.

Choquée par la gravité de la situation, Mary Jolicoeur décide de mettre en place un projet qui consiste à offrir un petit-déjeuner à ces enfants. Sa façon à elle de soulager leur quotidien. C’est ainsi que “Kontan lekol, sa mem simin la limyer” voit le jour.

Chaque matin, ces bambins de la Barkly Government School se rassemblent dans l’enceinte de la grotte de Notre Dame du Grand Pouvoir, juxtaposée à l’école. Un petit casse-croûte leur est offert. Au début, ils ne sont que trois volontaires à aider à remplir le ventre d’une vingtaine d’enfants. “Madame Jolicoeur est devenue une deuxième maman pour nous”, confie timidement le petit Nathanaël qui, comme ses petits camarades, arbore un large sourire en arrivant à l’école.

Préjugés.

Au fil des mois, de nombreux obstacles sont cependant venus perturber le projet, au grand dam de Mary. À peine quelques semaines après le lancement, des difficultés ont surgi : manque d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone… Mary ne baisse pourtant pas les bras. En octobre 2009, son association obtient temporairement un local situé non loin de l’école, à la rue des Lauriers.

“On ne peut juger un enfant sans connaître son histoire personnelle. Quand un gamin se présente tôt le matin et vous raconte que la veille, il a partagé son dîner à trois, il serait inhumain de lui refuser une part de plus. Il y a définitivement un travail additionnel à faire contre les préjugés.” Le nombre grandissant d’enfants à la recherche d’un repas est géré au jour le jour. Mais Mary s’indigne que les habitants de la cité ne lui facilitent pas la tâche. Les rumeurs circulent : on prétend même que Mary nourrit plutôt les vices que les ventres de ces enfants. Mais elle a choisi de ne pas se laisser abattre par ces vilenies.

Évasion.

Les enfants dont s’occupe Cœur-Ecoute viennent de milieux défavorisés. Ils sont souvent livrés à eux-mêmes et peuvent facilement être la proie de cercles vicieux liés à la drogue ou l’alcool.

C’est donc une lutte acharnée que mène Cœur-Ecoute. “Nous ne pouvons pas les aider éternellement”, avoue Mary. Elle précise d’ailleurs que ce projet est avant tout un coup de pouce pour ces enfants et permet un tant soit peu d’alléger leurs problèmes.

L’association a choisi pourtant de multiplier les activités destinées aux enfants. Mary leur organise ainsi des rencontres pendant les vacances scolaires. Des sorties sont prévues et donnent aux gamins l’occasion de s’évader de leur sombre quotidien. Des moments de loisirs pour vivre ensemble un nouvel espoir.

Espoir.

Pour les membres de Cœur-Ecoute, l’obtention du local à la rue des Azalées constitue une réelle motivation pour continuer le projet. Les enfants peuvent désormais suivre des cours de cuisine et sont initiés à plusieurs activités éducatives.

Mary projette aussi de mettre en place des séances de partage avec les parents pour renforcer le lien avec les enfants. “Les gens ont tendance à se braquer dès que l’on mentionne le mot formation. Mère de cinq enfants moi-même, je veux partager ma propre expérience avec les autres parents, leur transmettre un certain savoir pour qu’ils puissent eux aussi tisser une relation très forte avec leurs proches.”

Flambeau.

Mary rêve de pouvoir travailler avec le ministère de la Femme et d’autres ONG. Du moins celles qui n’ont pas de préjugés. “Chaque enfant a son histoire. Ceux qui ont un problème, je le vois dans leur regard le matin. Et je prends le temps de parler avec l’enfant pour pouvoir mieux l’aider”, souligne-t-elle.

En attendant, Mary Jolicoeur continue sa lutte pour donner une lueur d’espoir à Nathanaël, Zidane, Emilio et les autres. Car demain, ce sont eux qui reprendront le flambeau.


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